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 Le Café Littéraire

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OmbreBlanche

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MessageSujet: Le Café Littéraire   5/1/2009, 05:03



Vous avez adoré, détesté, un livre ou un auteur et vous souhaitez le recommander ou le déconseiller ?

Alors c'est par ici que ça se passe...

Like a Star @ heaven
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OmbreBlanche

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   5/1/2009, 05:07



Ce que le jour doit à la nuit, le dernier livre de Yasmina Khadra (ed. Julliard), a été élu "Meilleur livre de l’année" par le magasine littéraire Lire.

La trame de fond est de donner un nouvel éclairage sur la complexe et ambiguë Algérie des années 1930/1960, à travers les tourments identitaires de Younes, fils de pauvres paysans autochtones finalement confié à son oncle, pharmacien aisé et parfaitement intégré dans la communauté "pied-noir" de la région d’Oran ; plus les années passent, et plus le jeune homme est tiraillé et tourmenté par sa double culture et son incapacité à appartenir à l’un ou l’autre des deux camps – et après tout, il n’éprouve pas spécialement l’envie de le choisir, son camp. Rajoutez à tout ceci un amour impossible, et vous obtenez pile-poil les ingrédients qu’il faut pour une parfaite fresque romanesque.
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Biloulou

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   5/1/2009, 07:50

Bon retour OmbreBlanche ! sunny

Les festivités de fin d'année se sont bien passées ? Wink
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quantat

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   5/1/2009, 16:53

"Attentat" du même Yasmina Khadra... qui nous livre sans parti pris son regard sur l'irreductibilité et l'inconciliabilité des logiques qui opposent palestiniens et israëliens...
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OmbreBlanche

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   5/1/2009, 18:46

@Biloulou a écrit:
Bon retour OmbreBlanche ! sunny

Les festivités de fin d'année se sont bien passées ? Wink

Très bien passées, noble Biloulou de l'Algarve.

Que 2009 t'apporte plénitude, santé et richesse. sunny
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Armelle

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MessageSujet: 6- Super bonne idée, Ombre !   6/1/2009, 00:44

Salut Ombre !

Quelle merveilleuse idée tu as eu ! Ça faisait longtemps que je pensais à initier un fil pour parler de lecture, mais je croyais que cela aurait été faire injure à Biloulou puisque LP est orienté principalement vers l'actualité. Heureuse initiative !

Accepte mes meilleurs voeux en ce début de 2009 : de la santé, de petits et grands plaisirs qui, mis bout à bout, s'appellent le bonheur ! Et je n'oublie pas !

Contente, contente


_________________________________________________

Salut Quantat

Et les Fêtes ne t'ont pas trop magané ? Autrement dit, tu reviens frais et bien disposé au travail !

Quantat, je t'offre mes meilleurs voeux pour la présente année : que tes désirs les plus chers se réalisent et te comblent de bonheur ! Plein de bisous aux petits enfants. Il me semble que la vivacité de ta petite fille doit ressembler à celle-ci Pas vrai ? !

Biloulou voit à notre tempérance, y a même plus de bière dans les smileys. On ne demande pas du champagne, y a trop de bulles là-dedans, seulement un peu de bière pour les grandes occasions ...

Qu'est-ce que je pourrai t'offrir désormais ?
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Biloulou

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MessageSujet: 7- Toi itou !   6/1/2009, 07:53

@OmbreBlanche a écrit:
@Biloulou a écrit:
Bon retour OmbreBlanche ! sunny
Les festivités de fin d'année se sont bien passées ? Wink
Très bien passées, noble Biloulou de l'Algarve.
Que 2009 t'apporte plénitude, santé et richesse. sunny
Toi itou, ô noble et crémeux Petit Suisse !

Que toutes les divinités alpines veillent sur toi ! santa
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Biloulou

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MessageSujet: 8- Taratata...   6/1/2009, 08:00

Bonjour Armelle (6) ! sunny

Taratata ! Qu'est-ce que le pauvre Biloulou, cuisiné à toutes les sauces, a à voir avec tout ça ?

Notre bon Saint Pierre (gàSn) ne répète-t-il pas à satiété dans son homélie que ce n'est pas lui qui fait ce forum mais les honorables participants ? Que la littérature fait partie des sujets souhaitables et que, d'ailleurs, tout sujet de l'intérêt des honorables participants est le bienvenu ?

Mais bon, Il doit parfois se dire qu'il prêche aux poissons, c'est un bon entraînement... alien
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quantat

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   6/1/2009, 09:38

Bonne année à vous tous (Armelle, Ombre, Biloulou... et celles et ceux qui passsent par ici)

En effet , plus de bière.... en revanche ceci ... qui me suggère que notre hébergeur est un étranger ... un membre de l'anti France éternelle (dixit super Dupont)

Sinon, pour répondre à ta question Armelle: non, je ne suis pas très frais!!! ces dernières semaines ont usé mon estomac et mon foi... il m'arrive même d'hésiter avant de décapsuler une canette...
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Biloulou

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MessageSujet: 10- Bien reçu   6/1/2009, 10:16

Reçu d'une amie bien intentionnée lors d'un de ses rares grands jours, un magistral album de Serre : "Humour chronique"

Véritable monument à l'humour noir, je viens de finir de le colorier par souci de joie de vivre. Smile
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quantat

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   6/1/2009, 10:40

Biloulou



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Méfiez vous Twisted Evil
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Biloulou

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MessageSujet: 12- À votre service   6/1/2009, 10:47

Démarrer / Tous les programmes / Accessoires / Accessibilité / Loupe
Vous pourrez alors appercevoir le minuscule avatar de Quantat.
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quantat

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   6/1/2009, 11:22

Tu l'as vu mon nouvel avatar ?

Alors ? calmé ?
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Biloulou

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MessageSujet: 14- Oui, évidemment...   6/1/2009, 11:27

Dans ce cas je mets la loupe à l'envers et j'enlève un "p" à "appercevoir", crise oblige. Embarassed
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OmbreBlanche

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MessageSujet: L'Antimanuel de littérature -- François Bégaudeau -   6/1/2009, 12:57



Dans son Antimanuel de littérature (Editions Bréal, 312 pages, 21 €), François Bégaudeau se veut plus ambitieux ; il ne se limite pas aux écrivains du XXIe siècle, ni au domaine purement français. Avec une volonté clairement affichée de « désacraliser » la discipline, il tente d’en définir les enjeux à travers un certain nombre de questions, à commencer par « qu’est-ce que (n’est pas) la littérature ? »

Citation :
Traiter sérieusement un champ aussi vaste en quelques 300 pages pouvait sembler une gageure, mais ouvrait des perspectives passionnantes ; or, le résultat se révèle particulièrement décevant. Cet Antimanuel se présente un peu comme un anti Jourde et Naulleau. Dans celui-ci, le texte des deux auteurs, vivant, grinçant, pertinent, se lit avec un réel plaisir tandis que les extraits qu’ils publient en illustration de leur propos frappent, la plupart du temps, par leur vacuité littéraire. Dans l’Antimanuel, les textes cités font preuve, à quelques exceptions près, d’un goût plutôt sûr : Rimbaud, Perec, Queneau, Chevillard, Faulkner, Michaux, Gombrowicz, Genet, etc. En revanche, ce qu’écrit l’auteur est souvent loin d’accrocher un lecteur qui peine à le suivre. A des questions intéressantes, bien que convenues (qu’est-ce qu’un écrivain ?, la littérature va-t-elle disparaître ?,…), il répond par un fatras de longues digressions, de petits règlements de comptes et de truismes.

Ainsi, la littérature serait « fascinée par le corps de la femme » – on l’ignorait –, il ne faut jamais mettre de virgule avant le mot « et » – vraiment ? – l’écrivain serait un misanthrope qui fuirait le monde. Il n’est pourtant qu’à lire la Correspondance de Flaubert pour tordre le cou à ce mythe de l’écrivain totalement solitaire. Dans ses lettres, adressées à une foule de correspondants, il les interroge sur l’histoire, la bourse, la botanique et bien d’autres thèmes au moment où il rédige Salammbô, L’Education sentimentale ou Bouvard et Pécuchet. Ecrire implique aussi de se frotter à l’autre, voire de coopérer. Il n’importe. Désacraliser devient le maître-mot de cet Antimanuel : « Alternatif, ce livre ne l’est que s’il déjoue la contre-productivité de manuels qui, à sacraliser la littérature, en viennent à la rendre intimidante plutôt que désirable. » On éprouve cependant quelques difficultés à désirer la littérature selon Bégaudeau.

La bonne littérature devrait-elle donc évacuer les oxymores, les comparaisons, les allégories, les gradations, les anaphores et autres synecdoques pour consacrer le triomphe du minimalisme ? Le plus drôle, c’est que, pour exprimer cette idée, l’auteur, qui n’est pas à un paradoxe près, utilise justement la comparaison (style = tuning). Mais passons. De toute manière, les adjectifs ne sont pas mieux traités : « il [l’adjectif] relève une phrase banale, comme une sauce un gigot. »

La grammaire ? Elle n’est évoquée (avec l’orthographe) sur un mode faussement second degré qu’en p. 273 et, indirectement, p. 102 (on comprend qu’elle n’est qu’un amusement pour « oisifs »). La dimension esthétique ou poétique de l’écriture ? Elle fait l’objet de sarcasmes : « Quel intérêt d’écrire ʺles collines s’auréolaient des derniers rayons du soleil couchantʺ plutôt que ʺla nuit tombaitʺ ? C’est plus beau ? On a dit qu’on s’en foutait du beau. » On s’en doutait un peu.

Ce n’est peut-être pas un hasard si François Bégaudeau, dans une émission du 9 octobre, défendit BHL contre ses détracteurs, animés, paraît-il, de « tristes passions » (jalousie, colère, etc.). Il y a, chez les deux hommes, un côté donneur de leçons qui n’échappe guère à ceux qui les écoutent et attirent les tartes à la crème gloupinesques, comme un aimant la limaille.

En refermant l’Antimanuel de littérature, on se demande à qui ce livre s’adresse vraiment. Pas aux « Djeunz », alors qu’une telle entreprise aurait été utile pour leur montrer la littérature sous un angle plus attractif que l’approche traditionnelle des manuels ; pas aux universitaires que les plaisanteries à quatre sous et le nivellement par le bas agaceront ; pas davantage aux amateurs de littérature qui n’y apprendront rien.
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MessageSujet: A LIRE....   7/1/2009, 16:43

15-



En 2001, Zarah Ghahramani, étudiante en langues impliquée dans le mouvement contestataire étudiant, est enlevée en plein jour par la milice des mollahs.
Condamnée pour incitation à la violence, elle est enfermée dans la prison d'Evin, tristement célèbre pour ses méthodes de torture. Idéaliste, élevée dans une famille progressiste et tolérante, Zarah découvre l'univers carcéral, les humiliations et les sévices. Pour mettre un terme à la barbarie de ses geôliers, elle reconnaît toutes les accusations et finit par trahir. Récit bouleversant de sincérité, Prisonnière des mollahs raconte au jour le jour cet emprisonnement, et fait la chronique douce-amère d'une jeunesse à Téhéran après l'instauration de la république islamique.


Suspect
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Zed

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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   7/1/2009, 18:18

@Lawrence a écrit:
15-



En 2001, Zarah Ghahramani, étudiante en langues impliquée dans le mouvement contestataire étudiant, est enlevée en plein jour par la milice des mollahs.
Condamnée pour incitation à la violence, elle est enfermée dans la prison d'Evin, tristement célèbre pour ses méthodes de torture. Idéaliste, élevée dans une famille progressiste et tolérante, Zarah découvre l'univers carcéral, les humiliations et les sévices. Pour mettre un terme à la barbarie de ses geôliers, elle reconnaît toutes les accusations et finit par trahir. Récit bouleversant de sincérité, Prisonnière des mollahs raconte au jour le jour cet emprisonnement, et fait la chronique douce-amère d'une jeunesse à Téhéran après l'instauration de la république islamique.


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Le plus incroyable, est que si elle venait vivre au Québec, elle vanterait les incroyables bienfaits de sa religion mysogyne.
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MessageSujet: Re: Le Café Littéraire   7/1/2009, 19:54

17-

Salut Zed,

Il serait intéressant de lire d'abord l'ouvrage et ensuite de le commenter...
Merci de m'expliquer ton point de vue.

¥_zed_¥ a écrit:
@Lawrence a écrit:
15-



En 2001, Zarah Ghahramani, étudiante en langues impliquée dans le mouvement contestataire étudiant, est enlevée en plein jour par la milice des mollahs.
Condamnée pour incitation à la violence, elle est enfermée dans la prison d'Evin, tristement célèbre pour ses méthodes de torture. Idéaliste, élevée dans une famille progressiste et tolérante, Zarah découvre l'univers carcéral, les humiliations et les sévices. Pour mettre un terme à la barbarie de ses geôliers, elle reconnaît toutes les accusations et finit par trahir. Récit bouleversant de sincérité, Prisonnière des mollahs raconte au jour le jour cet emprisonnement, et fait la chronique douce-amère d'une jeunesse à Téhéran après l'instauration de la république islamique.


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Le plus incroyable, est que si elle venait vivre au Québec, elle vanterait les incroyables bienfaits de sa religion mysogyne.
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Biloulou

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MessageSujet: Extrait et traduit de "Tales of Horror and the Supernatural" de Arthur Machen   9/1/2009, 15:47

-Les vrais pécheurs, comme les vrais saints, sont des ascètes. -Le vrai Mal, comme le vrai Bien, n'a rien d voir avec le monde ordinaire. - Le péché, c'est prendre le ciel d'assaut. -Le vrai Mal devient de plus en plus rare. - Le matérialisme, ennemi du Bien et plus encore du Mal. - Il y a tout de même quelque chose aujourd'hui. - Si vous êtes réellement intéressés...

----------//----------

Ambrose dit : « La sorcellerie et la sainteté, voilà les seules réalités. »

Il poursuivit : « La magie se justifie à travers ses enfants : ils mangent des croûtes de pain et boivent de l'eau avec une joie beaucoup plus intense que celle de l'épicurien.

- Vous voulez parler des saints?

- Oui. Et aussi des pécheurs. Je crois que vous tombez dans l'erreur fréquente de ceux qui limitent le monde spirituel aux régions du bien suprême. Les êtres suprêmement pervers font aussi partie du monde spirituel. L'homme ordinaire, charnel et sensuel, ne sera jamais un grand saint. Ni un grand pécheur. Nous sommes, pour la plupart, simplement des créatures contradictoires et, somme toute, négligeables. Nous suivons notre chemin de boue quotidienne, sans com¬prendre la signification profonde des choses, et c'est pourquoi le bien et le mal, en nous, sont identiques : occasion, sans importance.

- Vous pensez donc qu'un grand pécheur est un ascète, tout comme le grand saint ?

- Ceux qui sont grands, dans le bien comme dans le mal, sont ceux qui abandonnent les copies imparfaites et vont vers les originaux parfaits. Pour moi, je n'ai aucun doute : les plus hauts d'entre les saints n'ont jamais fait une "bonne action", au sens courant du terme. Et d'un autre côté, il existe des hommes qui sont descendus au fond des abîmes du mal, et qui, dans toute leur vie, n'ont jamais commis ce que vous appelez une "mauvaise action". »
Il quitta la pièce pendant un instant ; Cotgrave se tourna vers son ami et le remercia de l'avoir présenté à Ambrose.

« Il est formidable, dit-il. Je n'ai jamais vu ce genre de cinglé. »

Ambrose revint avec une nouvelle provision de whisky et servit les deux hommes avec générosité. Il critiqua avec férocité la secte des abstinents, mais se versa un verre d'eau. Il allait reprendre son monologue, lorsque Cotgrave l'interrompit :

« Vos paradoxes sont monstrueux. Un homme peut être un grand pécheur et cependant ne jamais rien faire de coupable ? Allons donc !

- Vous vous trompez totalement, dit Ambrose, je ne fais jamais de paradoxes ; je voudrais bien pouvoir en faire. J'ai simplement dit qu'un homme peut être grand connaisseur en vins de Bourgogne et cependant n'avoir jamais goûté à la piquette des bistrots. Voilà tout, et c'est plutôt un truisme qu'un paradoxe, n'est-ce pas ? Votre réaction tient à ce que vous n'avez pas la moindre idée de ce que peut être le péché. Oh, bien sûr, il y a un rapport entre le péché majuscule et les actes considérés comme coupables: meurtre, vol, adultère, etc.. Exactement le même rapport qu'entre l'alphabet et la plus géniale poésie. Votre erreur est quasi universelle : vous avez pris, comme tout le monde, l'habitude de regarder les choses à travers des lunettes sociales. Nous pensons tous qu'un homme qui nous fait du mal, à nous, ou à nos voisins, est un homme mauvais. Et il l'est, du point de vue social. Mais ne pouvez-vous comprendre que le Mal, dans son essence, est une chose solitaire, une passion de l'âme? L'assassin moyen, en tant qu'assassin, n'est absolument pas un pécheur au sens vrai du mot. C'est simplement une bête dangereuse dont nous devons nous débarrasser pour sauver notre peau. Je le classerais plutôt parmi les fauves que parmi les pécheurs.

- Tout cela me semble assez étrange.

- Ce ne l'est pas.. L'assassin ne tue pas pour des raisons positives, mais négatives ; il lui manque quel¬que chose que les non-meurtriers possèdent. Le Mal, par contre, est totalement positif. Mais positif dans le mauvais sens. Et il est rare. Il y a sûrement moins de vrais pécheurs que de saints. Quant à ceux que vous appelez des criminels, ce sont des êtres gênants, bien entendu, et dont la société a raison de se garder, mais entre leurs actes antisociaux et le Mal, il y a une sacrée marge, croyez-moi! »

Il se faisait tard. L'ami qui avait conduit Cotgrave chez Ambrose avait sans doute déjà entendu tout cela. Il écoutait avec un sourire las et un peu narquois, mais Cotgrave commençait à penser que son « aliéné » était peut-être un sage.

« Savez-vous que vous m'intéressez immensément? dit-il. Vous croyez donc que nous ne comprenons pas la vraie nature du mal ?

- Nous le surestimons. Ou bien nous le sous-estimons. D'une part, nous appelons péché les infractions aux règlements de la société, aux tabous sociaux. C'est une absurde exagération. D'autre part, nous attachons une importance si énorme au « péché » qui consiste à mettre la main sur nos biens ou nos femmes, que nous avons tout à fait perdu de vue ce qu'il y a d'horrible dans les vrais péchés.

- Mais qu'est-ce donc, alors, que le péché ? demanda Cotgrave.

- Je suis obligé de répondre à votre question par d'autres questions. Que ressentiriez-vous si votre chat ou votre chien se mettait à vous parler avec une voix humaine? Si les roses de votre jardin se mettaient à chanter ? Si les pierres de la route se mettaient à grossir sous vos yeux ? Eh bien, ces exemples peuvent vous donner une vague idée de ce qu'est réellement le péché.

- Écoutez, dit le troisième homme qui était demeuré jusque-là fort placide, vous semblez tous deux bien partis. Je rentre chez moi. J'ai manqué mon tram et serai obligé de marcher. »

Ambrose et Cotgrave s'installèrent plus profondément dans leurs fauteuils après son départ. Dans la brume qui gelait les vitres du petit matin, la lumière des lampes devenait pâle.

« Vous m'étonnez, dit Cotgrave. Je n'avais jamais pensé à tout cela. S'il en est vraiment ainsi, il faut tout retourner. Alors, selon vous, l'essence du péché serait...

- Vouloir prendre le ciel d'assaut, dit Ambrose. Le péché réside pour moi dans la volonté de pénétrer de manière interdite dans une sphère autre et plus haute. Vous devez donc comprendre pourquoi il est si rare. Peu d'hommes, en vérité, désirent pénétrer dans d'autres sphères, qu'elles soient hautes ou basses, de façon permise ou défendue. Il y a peu de saints. Et les pécheurs, au sens où je l'entends, sont encore plus rares. Et les hommes de génie (qui participent parfois des deux) sont rares, eux aussi... Mais il est peut-être plus difficile de devenir un grand pécheur qu'un grand saint.

- Parce que le péché est profondément contre nature ?

- Exactement. La sainteté exige un aussi grand effort, ou presque, mais c'est un effort qui s'exerce dans des voies qui étaient autrefois naturelles. Il s'agit de retrouver l'extase que connut l'homme avant la chute. Mais le péché est une tentative pour obtenir une extase et un savoir qui ne sont pas, et qui n'ont jamais été donnés à l'homme, et celui qui tente cela devient démon. Je vous ai dit que le simple meurtrier n'est pas nécessairement un pécheur.

- C'est vrai, mais le pécheur est parfois un meurtrier. Je songe à Gilles de Rais, par exemple. Voyez-vous, si le bien et le mal sont également hors de portée de l'homme d'aujourd'hui, de l'homme ordinaire, social et civilisé, le mal l'est dans un sens bien plus profond encore. Le saint s'efforce de retrouver un don qu'il a perdu ; le pécheur s'efforce vers quelque chose qu'il n'a jamais possédé. Somme toute, il recommence la Chute.

- Êtes-vous catholique ? dit Cotgrave.

- Oui, je suis un membre de l'Église anglicane persécutée.

- Alors, que pensez-vous de ces textes où l'on nomme péché ce que vous classez comme délit sans importance ?

- Notez, s'il vous plaît, que dans ces textes de ma religion, on voit chaque fois paraître le mot "sorcier" qui me paraît le mot clef. Les délits mineurs, qui sont nommés péchés, ne sont nommés ainsi que dans la mesure où c'est le sorcier qui est poursuivi par ma religion derrière l'auteur de ces petits délits. Car les sorciers se servent des défaillances humaines qui résultent de la vie matérielle et sociale, comme instruments pour atteindre leur but infiniment exécrable. Et laissez-moi vous dire ceci : nos sens supérieurs sont si émoussés, nous sommes à ce point saturés de matéria¬lisme, que nous ne reconnaîtrions sûrement pas le vrai mal s'il nous arrivait de le rencontrer.

- Mais est-ce que nous ne ressentirions pas tout de même une certaine horreur? Cette horreur que vous évoquiez tout à l'heure en m'invitant à imaginer des roses qui se mettraient à chanter ?

- Si nous étions des êtres naturels, oui. Les enfants, certaines femmes et les animaux ressentent cette horreur. Mais, chez la plupart d'entre nous, les conven¬tions, la civilisation et l'éducation ont assourdi et obscurci la nature. Parfois nous pouvons reconnaître le mal à sa haine du bien, c'est tout, et c'est purement fortuit. En réalité, tes Hiérarques de l'Enfer passent inaperçus parmi nous.

- Pensez-vous qu'ils soient eux-mêmes inconscients du mal qu'ils incarnent ?

- Je le pense. Le vrai mal, dans l'homme, est comme la sainteté et le génie. C'est une extase de l'âme, qui échappe à la conscience. Un homme peut être infiniment, horriblement mauvais et ne jamais le soupçonner. Mais je vous le répète, le mal, au sens véritable du mot, est rare. Je crois même qu'il devient de plus en plus rare.

- J'essaie de vous suivre dit Cotgrave. Vous voulez dire que le Mal véritable est d'une tout autre essence que ce que nous appelons d'habitude le mal ?

- Absolument. Un pauvre type chauffé par l'alcool rentre chez lui et tue à coups de pied sa femme et ses enfants. C'est un meurtrier. Et Gilles de Rais aussi est un meurtrier. Mais vous saisissez le gouffre qui les sépare ? Le mot est accidentellement le même dans chaque cas, mais le sens est totalement différent.

« Il est certain que la même faible ressemblance existe entre tous les péchés "sociaux" et les vrais péchés spirituels, mais il s'agit ici de l'ombre et là de la réalité. Si vous êtes un peu théologien, vous devez comprendre.

- Je vous avoue que je n'ai guère consacré de temps à la théologie, remarqua Cotgrave. Je le regrette, mais, pour revenir à notre sujet, vous pensez que le péché est une chose occulte, secrète ?

- Oui. C'est le miracle infernal, comme la sainteté est le miracle surnaturel. Le vrai péché s'élève à un tel degré que nous ne pouvons absolument pas soupçon¬ner son existence. Il est comme la note la plus basse de l'orgue : si profonde que nul ne l'entend. Parfois il y a des ratages, des retombées, et ils conduisent à l'asile d'aliénés ou à des dénouements plus affreux encore. Mais en aucun cas vous ne devez le confondre avec les méfaits sociaux. Souvenez-vous de l'Apôtre : il parlait de l' "autre côté" et faisait une distinction entre les actions charitables et la charité. Comme on peut tout donner aux pauvres et pourtant manquer de charité, on peut éviter tous les péchés et cependant être une créature du mal.

- Voilà une singulière psychologie! dit Cotgrave, mais je confesse qu'elle me plaît. Je suppose que, selon vous, le véritable pécheur pourrait fort bien passer pour un personnage inoffensif ?

- Certainement. Le Mal véritable n'a rien à voir avec la société: Le Bien non plus, d'ailleurs. Croyez-¬vous que vous auriez eu "du plaisir" en la compagnie de saint Paul ? Croyez-vous que vous vous seriez "bien entendu" avec Sir Galahad ? Il en va des pécheurs comme des saints. Si vous rencontriez un vrai pécheur, et que vous reconnaissiez le péché en lui, il est certain que vous seriez frappé d'horreur. Mais il n'y aurait peut-être aucune raison pour que cet homme vous "déplaise". Au contraire, il est fort possible que si vous parveniez à oublier son péché, vous trouveriez son commerce agréable. Et pourtant !... Non, personne ne peut deviner combien le vrai mal est terrifiant !... Si les roses et les lis de ce jardin chantaient soudain dans ce matin naissant, si les meubles de cette maison se mettaient à marcher en procession, comme dans le conte de Maupassant !

- Je suis content que vous reveniez à cette comparaison, dit Cotgrave, car je voulais vous demander à quoi correspondent, dans l'humanité, ces prouesses imaginaires des choses dont vous parlez. Encore une fois, qu'est-ce donc alors que le péché ? J'aimerais enfin un exemple concret. »

Pour la première fois, Ambrose hésita :

« Je vous l'ai dit, le vrai mal est rare. Le matérialisme de notre époque, qui a beaucoup fait pour supprimer la sainteté, a peut-être fait plus encore pour supprimer le mal. Nous trouvons la terre si confortable que nous n'avons envie ni de monter ni de descendre. Tout se passe comme si le spécialiste de l'Enfer en était réduit à des travaux purement archéologiques.

- Pourtant, il paraît que vos recherches se sont étendues jusqu'à l'époque présente ?

- Je vois que vous êtes réellement intéressé. Eh bien, je confesse que j'ai en effet réuni quelques documents... »
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MessageSujet: 18 - Biloulou   9/1/2009, 16:09

Voila un personnage qui devrait intriguer Jam
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Biloulou

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MessageSujet: 19- Tout à fait !   10/1/2009, 10:14

Oui, tout à fait et même plus, Sylvette !
Ambrose, par ses propos et son argumentation aussi surprenante que fine et intelligente, me fait irrésistiblement penser à Jam !
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jam

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MessageSujet: ambrose?   10/1/2009, 12:14

pour moi, le "péché" ça n'existe que dans l'esprit du pécheur
il y a une espèce de logique dans ce qu'ambrose dit mais pourtant je pense qu'il est prisonner de ses préjugés
le péché ça existe pour quelqu'un qui est dans une religion et qui va enfreindre une règle de cette religion là
autant dire que ce péché n'est pas "absolu" dans le sens qu'il ne concerne qu'une règle particulière definie par des conditions elles aussi particulières
si on prend l'exemple de l'adultère,
il n'est possible que dans la condition d'un "mariage" et que cette forme particulière de mariage implique la "possession" mutuelle du sexe du conjoint
système que j'apellerai "mariage sexuel"
puisque le "mariage sexuel" n'implique pas d'autre possession, comme par exemple de manger exclusivement la nourriture du conjoint (aller au restaurant est comparable à aller au bordel)

s'il existe un péché absolu, c'est juste de faire semblant de croire et de propager cette croyance
ce que j'appelle "le syndrome du père noël"


jam,
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MessageSujet: 21 -   10/1/2009, 12:43

Cool
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Biloulou

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MessageSujet: 22- Sur Ambrose, que je salue   10/1/2009, 13:10

En lisant le "20" de Jam (que je salue aussi)...

Eh bien, je vois la démarche d'Ambrose autrement : au contraire, il élève le vrai mal au-dessus des écarts au règles morales de notre culture, de l'affranchissement aux préceptes religieux, des infractions aux lois et réglements pondus par nos législateurs. Le Maaal, quoi.

Pour lui le vrai péché et son corollaire, le vrai mal (ou le contraire?) se situe au niveau des règles du fonctionnement normal de la nature, indépendemment des interprétations humaines.

Évidemment, le fonctionnement connu de la nature reste au niveau de l'interprétation humaine, ce qui introduit l'incertitude dans le jeu, mais bon...
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Zed

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MessageSujet: 23♥ Selon moi   10/1/2009, 13:11

Il n'existe qu'un seul péché, c'est celui de faire consciamment et volontairement du mal a autrui. Il faut avant de pouvoir être immoral, connaitre la moralité.
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