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 L'ENA, facteur de déclin français ?

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Younes bis



Masculin Nombre de messages : 2280
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MessageSujet: L'ENA, facteur de déclin français ?   23/7/2017, 15:09

Dédicace au germanophile de LP
Citation :


L'ENA, facteur de déclin français ?
publié le 25 octobre 2012

La description qu'un jeune énarque fait de son école rappelle les mots de l'historien Marc Bloch expliquant la démission des élites en 1940. Glaçant.


Olivier Saby vient de faire l’ENA. Et il a tiré de sa scolarité un livre titré « Promotion Ubu Roi », sous titré « Mes 27 mois sur les bancs de l’ENA ». D’entrée de jeu, on redoute un de ces témoignages amers dus à des diplômés qui se sont trompés d’orientation. Et le style du livre, un récit sous forme de journal, fait craindre un exercice narcissique comme il en pullule sur les blogs. Aucune de ces interprétations n’est la bonne.

Pour la première fois, un diplômé de l’ENA entreprend de nous conter par le menu ce que furent sa vie et ses cours pendant 27 mois. Il ne s’agit donc pas, non plus, du Nième livre proposant les réformes à apporter à l’auguste institution. C’est un livre qui nous donne à voir en direct la médiocrité du programme de l’école, en nous immergeant dans la scolarité. «J’aime cette émission télévisée qui s’appelle « Strip Tease », explique Olivier Saby : des tranches de vie présentée sans aucun commentaire. On laisse le spectateur juge. Mon bouquin, c’est un peu ça »

L’obsession du classement

Beaucoup de choses dans ce livre laissent une impression glaçante. On comprend assez vite que c’est une école qui sélectionne 80 brillants jeunes gens via des épreuves impitoyables pour leur infliger par ensuite un cursus pitoyable. Saby parle de « vide abyssal de l’enseignement. » Un vide dont ils n’osent pas se plaindre parce que cela pourrait nuire à leur classement de sortie. L’obsession de ce sacro-saint classement, qui peut déterminer une carrière à vie, et que plusieurs gouvernements ont sans succès envisagé de supprimer, marque au fer rouge le cursus et l’ADN des diplômés. C’est un permanent sujet de conversation entre élèves, et anciens élèves. Quand Saby débarque en stage à l’ambassade de France à Beyrouth, l’une des premières questions que lui pose le N° 2 de l’ambassade, ancien de l’ENA, porte sur le classement qu’il vise. Et l’énarque de décliner aussitôt son propre classement, comme on donnerait sa carte de visite. Rebelote avec l’ambassadeur. Saby s’attend à être questionné sur les raison de son choix du Liban. Au lieu de cela, la première question de l’excellence est : « est-ce que le classement est toujours en vigueur à l’ENA ? ». Monsieur l’ambassadeur est énarque (il donne bien sur aussitôt son classement) mais aussi fils et frère d’énarques. Il n’a pas la moindre idée du travail qu’il va confier à ce stagiaire, qui attendra 2 semaines avant de recevoir quelques instructions.

Le rejet de l’initiative et de l’innovation

Saby raconte la redoutable épreuve du « Thème d’observation » qui dure 8 heures, enfermé, sans pouvoir bouger, sans documents. L’examen porte sur le développement rural et sa place au sein de la mécanique européenne.
Ce sujet nous est aussi inconnu qu’à une poule landaise. Mais ce n’est pas grave, l’important est juste que nous sachions pondre une résolution, en étant notés sur notre capacité à imiter des textes déjà existantes et à singer leur formulation. L’erreur serait de faire preuve de créativité. La sanction serait immédiate »

En cela ils suivent le conseil que leur a donné un tuteur de l’école s’ils veulent des bonnes notes : apprendre par cœur règlements, directives, décisions de la Commission Européenne et avis du Parlement européen . « Pour réussir l’épreuve, pas besoin de réfléchir : vous devez connaître le format et le remplir avec les mots-clés adequats »

Chaque fois que Saby, seul ou avec quelques camarades, se risque à demander si on ne pourrait pas améliorer ceci où cela, il s’attire une réponse du type «pourquoi changer, on a toujours fait comme ça ». Il n’existe pas de résumé plus clair du conservatisme et de l’immobilisme. Est-ce bon d’instiller à forte dose une telle philosophie à ces futures élites ?

« Il faut ménager ses arrières »

Plus radical est le : « pas d’initiatives, ça risque de nous desservir ! » L’auteur raconte son stage à la Communauté Urbaine de Brest, avec d'intéressantes missions qui lui montrent le mépris de l'Etat pour les collectivités locales . Doit-il en faire la remarque au directeur des stages venu l’inspecter, en grande pompe, sur place, qui est surnommé "Le Revizor" ? Saby a appris à s’autocensurer :

ne pas oublier que l’inspecteur qui me note à la fin de mon stage sera peut être demain amené à faire appel à moi lorsqu’il accédera à une préfecture ou à un cabinet ministériel. C’est le problème du circuit fermé. L’inspecteur des stages sera préfet, chef de cabinet après demain… Qui sait. Il faut ménager ses arrières, ne jamais faire obstacle aux règles qui ont fait les carrières de nos juges et pairs, se glisser dans le courant et se laisser entraîner

En lisant ces histoires de soumission et de résignation, on pense soudain à cet autre fascinant témoignage qu’est « L’Etrange défaite », un livre clé écrit juste après la débâcle de 1940 par l’historien Marc Bloch. On y trouve des observations qui recoupent presque mot pour mot les analyses de Saby.

Bloch, qui a exigé à 54 ans d’être mobilisé comme officier de réserve ( avant d'être fusillé par les nazis), cherche à comprendre comment la France n’a pas vu monter, pendant 8 ans, le péril hitlérien, et a pris une faramineuse dérouillée sur le terrain. Il incrimine une « démission des élites, frileuses et conventionnelles » qui nourrira par la suite d’innombrables débats. Il fustige notamment en ces termes la soumission des officiers qui, au front, n’osaient pas exprimer leurs désaccords :

c’était par peur des histoires, et par ce souci de diplomatie qui, chez des hommes en mal d’avancement, devient une seconde nature, [et aussi] la peur de mécontenter un puissant d’aujourd’hui ou de demain.

Saby a plusieurs fois voulu prendre des initiatives, seul ou avec des camarades, pour se plaindre des cours. Comme ce jour où un cas sur l’hôpital est traité par un intervenant du Quai d’Orsay « qui ne connait pas grand-chose à la problématique santé et découvre le dossier comme nous » Chaque fois il s’est fait contrer par d’autres élèves sur le mode

Tu es fou, ça va être inscrit à vie sur ton dossier, ça pourrait plus tard te barrer l’accès à certains postes

Marc Bloch, dans son chapitre consacré à l’enseignement en France déplore

La crainte de toute initiative, chez les maîtres comme chez les élèves, la négation de toute libre curiosité, le culte du classement ( Bloch dit « succès ») substitué au goût de la connaissance

« Vous serez grillés »

Retour à l’ENA : à l’occasion d’un exercice, Saby veut, avec deux collègues, suggérer par écrit une innovation : fondre les trois grandes écoles d’administration ( ENA, fonction publique territoriale, fonction publique hospitalière) en une seule : les élèves choisiraient leur spécialisation en cours d’études, mais il y aurait un socle de valeurs communes avant de s’orienter. Des camarades le dissuadent de publier cette proposition : « cet article risque de se retourner contre toi. Ils vont l’intégrer à ton dossier et il te suivra pendant toute ta carrière »

Plus amusant. Saby échoue à faire baptiser la promotion « Ubu Roi ». A défaut les élèves votent pour « promotion Badinter ». Lors de la cérémonie de photo de promotion qui se déroule à Strasbourg, Saby et quelques acolytes proposent que des élèves portent le costume alsacien. C’est la bronca :

vous êtes complètement fous. Si un journal sort cette photo le jour où l’on pensera à vous pour un ministère, vous serez grillés ! »


Huit élèves ont quand même l’audace de prendre cette initiative. Le directeur de l’école est décomposé à l’arrivée de Robert Badinter. Or contre toute attente celui-ci le complimente « quelle excellente idée, Monsieur le directeur ». Puis il exige que les « alsaciens » se groupent derrière lui sur la photo. « A cause de vous et votre idée stupide, je ne vais pas pouvoir montrer la photo à ma grand mère » se désespère néanmoins une future énarque.


suite: http://tempsreel.nouvelobs.com/education/20121025.OBS7128/l-ena-facteur-de-declin-francais.html?
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Younes bis



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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   23/7/2017, 15:19

Le bêtisier

Citation :
« On vit quand même bien sans chauffeur à plein temps »

Le bêtisier que nous présente Olivier Saby mérite vraiment le détour, dans lequel Ubu le dispute à Courteline. On y croise un conseil en communication qui « vend du vent avec talent » à 1200 euros la journée à la Communauté Urbaine de Brest. Chargé d’inventer une campagne de promotion, il a « un putain d’avis sur la question » et, au bout de 8 mois, propose une idée lumineuse : prendre pour axe de communication l’océan.

On y croise un ministre, Alain Joyandet, en mission de coopération au Liban, se comportant en véritable mufle à l’égard d’une directrice d’école, refusant la part du gâteau qu’elle lui offre,  sur lequel était écrit « vive la francophonie, vive la France ». Seul l’intéresse le numéro de l’Equipe que lui a subtilisé l’ambassadeur.

On y entend la directrice de la formation à l'ENA raconter :
quand j’ai quitté la préfectorale pour venir à l’ENA,  j’ai d’abord eu un choc car on m’a expliqué que j’allais partager un chauffeur avec un autre membre de la direction. Et puis avec le temps je m’aperçois que finalement, on vit quand même très bien sans chauffeur à plein temps

Ou encore cette énarque qui dit au sujet des élections présidentielles « si on pouvait limiter le droit de vote aux polytechniciens et aux énarques, la France tournerait mieux »


suite:
 

En 2017 par un habile stratagéme les électeurs ont voté majoritairement comme des énarques et des polytechniciens .
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EddieCochran

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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   23/7/2017, 16:19

2 -

Je m'interrogeais à propos de l'existence sur LP d'un supposé germanophile désigné par l'excellent Younes bis.

En découvrant ses deux billets initiateurs du présent fil je me rends compte qu'il marche dans les pas de notre
camarade Kalawasa qui avait déjà publié ces textes à la sortie du bouquin de M. Marc Bloch.

Je suis désolé, Cher Kalawasa, Younes bis vous a collé une étiquette. Je me demande si elle
ne serait pas anodinement infamante dans son idée ? Remarquez, pas nécessairement, car sur YT l'on
découvre que le Tangérois marche à fond dans la combinaison de la charmante germano-iranienne,
Mme Sahra (née Sarah) Wagenknecht, docteur en économie, lideuse du groupe Die Linke, une survivance
du Parti ouvrier et paysan qui a terrorisé la République Démocratique Allemande antan.

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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   23/7/2017, 17:37

Eddie a écrit:
Je suis désolé, Cher Kalawasa, Younes bis vous a collé une étiquette. Je me demande si elle
ne serait pas anodinement infamante dans son idée ?

Oui, Eddie : j'avais noté . Mais vous croyez que c'est à moi qu'il s'adresse , avec une connotation infamante ? Ce serait trop d'honneur ! Peut-être a t-il une liste de son Maitre lui indiquant les personnes à aimer et celles à détester ? Ce serait assez typique des gens sans opinion propre ...

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Younes bis



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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   23/7/2017, 22:07

EddieCochran ardent défenseur du concordat en Alsace-Moselle a écrit:
2 -

Je m'interrogeais à propos de l'existence sur LP d'un supposé germanophile désigné par l'excellent Younes bis.



Kala aussi est germanophile ?! Vous êtes sur !? Non!?  Vous m'apprenez quelque chose !
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EddieCochran

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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   23/7/2017, 23:56

5 -

Le Concordat en Alsace-Moselle est accessoire de mon combat pour le maintien de celui des Antilles-Guyanne,
ainsi que pour la sanctuarisation par la Constitution du Mardi-Gras de mon bon Countat de Nice.

Je vous rassure, je suis germaniste, je me souviens avoir décroché un certificat militaire de langue étrangère
du premier degré dans la langue de Goethe et de Dolfi Ptitebite. J'en suis sûr.

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EddieCochran.
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Younes bis



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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   24/7/2017, 19:16

Je dois faire une sorte de coming out ! Ma fille chérie est en classe bilangue  , elle a donc commencé l'allemand dés la 6éme...Elle a été à Berlin avec sa classe  une semaine !

Oui j'ai honte , ces classes bilangues que Najat voulait supprimer pour cause d'élitisme! Ma fille qui se retrouve avec l'élite des filles et fils de bourges...que j'ai honte! ( Avec 15 en allemand cela lui a fait baisser sa moyenne générale! En plus elle fait du latin et du violon , une vrai caricature de futur enarque!
Spoiler:
 
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kalawasa

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MessageSujet: Re: L'ENA, facteur de déclin français ?   24/7/2017, 20:12

Sa prof d'allemand s'appelle Ursula ?
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